Cinéma : “Tenja” d’Hassan Legzouli

By vincentchaissac

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L’histoire est celle d’un homme d’origine marocaine dont le père, qui a laissé sa santé au fond des mines de Sallaumines, vient de mourir. Un père qui avait quitté Aderj, village du Moyen Atlas pour le Pas-de-Calais.
Jamais il n’était retourné au pays… jusqu’à ce jour, puisque sa dernière volonté est d’être enterré dans sa terre natale.
En exauçant cette demande, son fils Nordine (Roschdy Zem) ne part pas seulement pour un long voyage vers un pays dont il connaît finalement peu de chose, il s’en va aussi sur le chemin de sa propre histoire, de ses origines. Avec ce long métrage, le premier de sa carrière, Hassan Legzouli, cinéaste lillo-marocain, dépeint le Maroc d’aujourd’hui, sans concession et sans misérabilisme, sachant éviter les clichés.

Richesse humaine
Au volant de son 4×4, Nordine traverse tout le pays : Tanger où il doit faire face à quelques difficultés administratives et où il rencontre Mimoun (Abdou El-Mesnaoui), l’homme de la Morgue, un attachant « frappé » ; Casablanca, ville moderne où habite Nora, jeune femme, diplômée en chômage, qu’il a recueillie sur l’autoroute ; et enfin les zones rurales et montagneuses où la richesse des habitants se résume aux rapports humains. Tout cela, avec à l’arrière du véhicule, son père qu’il apprend à connaître et à comprendre au fil des kilomètres.

Aller vers l’autre
Le film pose le problème du déracinement de tous ceux qui partent de leur pays ou de leur région d’origine avec la ferme intention d’y revenir un jour. Le temps passe, les enfants grandissent… et repartir serait un deuxième déracinement.
Merveilleusement interprété par des comédiens de talent et les gens du pays qui ne jouent pas la comédie pour rester eux-mêmes, ce film est un grand moment de tendresse, d’émotion et d’invitation à faire le pas vers l’autre.
Né en 1963 au Maroc, Hassan Legzouli est arrivé en France en 1980, pour y faire des études de mathématiques. Après un passage à l’institut de filmologie de Lille, il part à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (Insas) à Bruxelles d’où il sort diplômé en réalisation.

Philippe Vincent-Chaissac
L’Echo du Pas-de-Calais n°62 – Mars 2005

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