Amel Bent, à Lille et Arras cet été

juin 11, 2008 by vincentchaissac

Amel Bent, de son vrai nom Amel Bentbachir, née d’un père algérien et d’une mère marocaine, a participé à l’édition 2004 de la Nouvelle Star qui l’a révélée. Eliminée par Steeve Estatof, le Kurt Cobain français,elle est la grande gagnante de l’émission dans le cœur du public. Sa popularité lui vaut d’enregistrer, à 19 ans, son premier album, Un Jour d’été. Grâce à la collaboration de Diam’s, l’album devient disque d’or en quelques semaines, faisant d’Amel la révélation soul R’n’B de l’année. On retiendra notamment le titre Ma Philosophie, encore sur toutes les lèvres. Cette réussite a été suivie des singles Ne Retiens pas tes larmes et Le Droit à l’erreur, en 2005, puis Eye Of The Tiger, reprise de Survivor, en 2006.
Amel revient dans les bacs le 18 juin 2007 avec un second album intitulé A 20 ans. Pascal Obispo, Charles Aznavour, Lionel Florence et Diam’s, sont de la partie. L’ex élève de l’émission La Nouvelle star prouve désormais qu’elle a fait son chemin. Elle fait partie des chanteurs bien installés dans le paysage musical français avec des textes qu’elle écrit elle-même comme “Nouveaux Français” samplé sur “La Marseillaise”, l’hymne des révolutionnaires et pas des racistes, déclare-t-elle en substance au magazine Le Courrier de l’Atlas. Une chanson écrite parce qu’elle a réalisé “que ce n’est qu’avec de l’argent que tu arrives à faire oublier des origines [...] car le regard des gens ne change pas, une Arable reste une Arabe”.
Interview à lire dans Le Courrier de l’Atlas de Juillet-Août 2007.
Amel Bent sera à Lille le 13 juillet, et à Arras, en concert gratuit aux Grandes-Prairies, le 15 août. Elle sera également à l’espace Grossemy à Bruay-la-Buissière, le 6 décembre.

Trente aventuriers du cœur au Maroc

mai 16, 2008 by vincentchaissac

Douze élèves de terminale BEP, huit de terminale bac pro, dix de première année bac pro. Vingt-deux filles, huit garçons. Le lycée de Coubertin a réussi son pari d’emmener au Maroc un groupe de jeunes, dans un esprit de solidarité et de découverte de l’autre.
Préparé pendant plusieurs mois, le voyage auquel ne pouvaient prendre part que des élèves motivés et sérieux, a été un succès, les liens tissés entre les uns et les autres, étant la plus belle des satisfactions. À Safi, les jeunes Calaisiens ont fait la connaissance physique des correspondants avec qui ils entretenaient jusqu’alors des échanges épistolaires. L’occasion d’une immersion dans la famille marocaine le temps d’une journée et de connaître les moments difficiles de la séparation. Certains ont pris l’engagement de se revoir dès cet été. «Nous espérons que cela pourra se faire», dit Martine Lemaire, cheville ouvrière de l’opération.

Deux mille kilomètres parcourus
L’émotion est indéniablement le sentiment général qui a prévalu tout au long du voyage qui s’est déroulé dans tout le sud du pays. Deux mille kilomètres ont été parcourus, de Ouarzazate à Safi, en passant par Merzouga, Taroudant, Marrakech, etc. Chaque jour, le groupe s’arrêtait dans au moins une école pour y déposer une partie des 800 kg de matériels scolaires emmenés. Pour cela un gros travail en amont avait été fait, de manière à ce qu’il n’y ait pas de problèmes administratifs à surmonter au moment du passage en douane. Et chaque participant avait renoncé à 10 kg de bagages personnels pour que le poids autorisé ne soit pas dépassé. Tout a pu être acheminé : les 150 kg de cahiers offerts par Clairefontaine, les 2000 crayons papiers donnés par Bic Conté à Boulogne-sur-Mer, et tout le reste. Cette solidarité scolaire était le fil rouge du périple. «Ce qui a marqué les jeunes, c’est le nombre de kilomètres que les enfants marocains peuvent faire pour aller à l’école, la décoration sommaire des salles de classe».

Une leçon de vie
D’une manière générale, nos jeunes aventuriers du cœur ont pris une leçon de vie. Ils ont maintenant conscience de ce que peut être la pauvreté. «On n’a plus le droit de se plaindre quand on vient à l’école le matin… C’est une chance.» Là-bas ils ont vu les enfants travaillant aux côtés des femmes; ils ont vu les femmes de l’Atlas, parfois très jeunes, portant d’imposants et lourds fagots de bois. L’effet souhaité et espéré par les initiateurs et organisateurs de ce voyage minutieusement orchestré par Fouad El Mohalhil s’est en tout cas produit. Chacun a appris à vivre en groupe et à le respecter, à faire attention à l’autre, à ne pas juger trop hâtivement, à tolérer la différence. Puissent ces voyages se renouveler le plus souvent possible. Notre monde en a bien besoin.

Texte : Philippe Vincent-Chaissac/L’Echo du Pas-de-Calais - Juin 2008

Photos : Lycée de Coubertin/Calais

Alain Debray, de Grenay au Maroc

mai 16, 2008 by vincentchaissac

Né en 1942 à Grenay, « au pied des deux grands terrils de Loos-en-Gohelle», à l’âge de huit ans, Alain Debray suit ses parents au Maroc, son père, mineur, ayant choisi d’aller travailler dans les mines de Zellidja-Boubeker. Un demi-siècle plus tard, il est retourné dans le petit village marocain, au pied du Djebel Ayachi ; une fois seul, une autre avec son épouse. « C’est le bout du monde ! Rien à voir avec le Maroc des agences de voyage… » Le couple fut impressionné par l’accueil, la gentillesse des habitants. Des tonnes de souvenirs remontaient à la surface en découvrant les installations abandonnées, l’ancienne maison familiale, la piscine! Une cohabitation parfaite entre autochtones et Européens.

Son « histoire » et ses passions méritent d’être dévoilées parce qu’elles sont une grande leçon de tolérance, d’humanisme, de respect.

Un article de Christian Defrance à lire sur echo62.com

Notre photo : Ce qui restait des mines d’Aouli en 2006. Photo AD.

Samira El Ayachi, romancière de Méricourt

avril 23, 2008 by vincentchaissac

Elle figurait en quatorzième position sur la liste de Bernard Baude, maire sortant de Méricourt réélu avec une confortable majorité, obtenant vingt-huit sièges… « Une nouvelle aventure commence dans la municipalité » sourit Samira. « Maire ou écrivain : on rêve de mieux vivre non ? » La nouvelle conseillère municipale est aussi une « révélation littéraire ». Son premier roman sorti en septembre dernier, La vie rêvée de Mademoiselle S., a conquis des cohortes de lecteurs, de Mulhouse à Casablanca en passant par Douvrin ou Boulogne-sur-Mer.

Un article de Christian Defrance à lire sur echo62.com

Cinéma : “Tenja” d’Hassan Legzouli

mars 19, 2008 by vincentchaissac

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L’histoire est celle d’un homme d’origine marocaine dont le père, qui a laissé sa santé au fond des mines de Sallaumines, vient de mourir. Un père qui avait quitté Aderj, village du Moyen Atlas pour le Pas-de-Calais.
Jamais il n’était retourné au pays… jusqu’à ce jour, puisque sa dernière volonté est d’être enterré dans sa terre natale.
En exauçant cette demande, son fils Nordine (Roschdy Zem) ne part pas seulement pour un long voyage vers un pays dont il connaît finalement peu de chose, il s’en va aussi sur le chemin de sa propre histoire, de ses origines. Avec ce long métrage, le premier de sa carrière, Hassan Legzouli, cinéaste lillo-marocain, dépeint le Maroc d’aujourd’hui, sans concession et sans misérabilisme, sachant éviter les clichés.

Richesse humaine
Au volant de son 4×4, Nordine traverse tout le pays : Tanger où il doit faire face à quelques difficultés administratives et où il rencontre Mimoun (Abdou El-Mesnaoui), l’homme de la Morgue, un attachant « frappé » ; Casablanca, ville moderne où habite Nora, jeune femme, diplômée en chômage, qu’il a recueillie sur l’autoroute ; et enfin les zones rurales et montagneuses où la richesse des habitants se résume aux rapports humains. Tout cela, avec à l’arrière du véhicule, son père qu’il apprend à connaître et à comprendre au fil des kilomètres.

Aller vers l’autre
Le film pose le problème du déracinement de tous ceux qui partent de leur pays ou de leur région d’origine avec la ferme intention d’y revenir un jour. Le temps passe, les enfants grandissent… et repartir serait un deuxième déracinement.
Merveilleusement interprété par des comédiens de talent et les gens du pays qui ne jouent pas la comédie pour rester eux-mêmes, ce film est un grand moment de tendresse, d’émotion et d’invitation à faire le pas vers l’autre.
Né en 1963 au Maroc, Hassan Legzouli est arrivé en France en 1980, pour y faire des études de mathématiques. Après un passage à l’institut de filmologie de Lille, il part à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (Insas) à Bruxelles d’où il sort diplômé en réalisation.

Philippe Vincent-Chaissac
L’Echo du Pas-de-Calais n°62 - Mars 2005

Incursion dans le Sahara marocain

mars 19, 2008 by vincentchaissac

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Ergs et regs ne font pas rêver que les cruciverbistes… Les dunes du Sahara, le désert rocheux peuplent les projets d’audacieux randonneurs. Irène et Philippe Vincent-Chaissac sont ainsi tombés fous amoureux du Maroc, coup de foudre non exclusif puisqu’ils partagent régulièrement leurs sensations avec d’autres marcheurs. « L’aventure est collective » peut-on lire en exergue d’un album de voyage. À travers 86 photographies où l’ocre et le bleu dominent, les neuf randonneurs et leur guide Hassan (sans oublier son équipe), entre bivouacs, palmeraies, lever du jour ou coucher du soleil, nous attirent vers des sables émouvants où l’esprit s’enfonce, prêts à tenter à notre tour une aventure collective dans le désert marocain.
Christian Defrance

Incursion dans le Sahara marocain, album de voyage > 23 euros.
Contact : Lillers, office de tourisme, tél. 03 21 25 26 71.

Une dizaine d’élèves calaisiens à la rencontre d’élèves marocains

mars 7, 2008 by vincentchaissac

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Au lycée professionnel Coubertin à Calais, Martine Lemaire, peaufine son voyage. Elle emmène dans quelques jours une trentaine d’élèves faire un périple dans le sud du Maroc pendant dix jours. Soutenue par le proviseur, François Claisse, épaulée par trois autres professeurs dont Michèle Chatelin qui veillera à l’aspect sanitaire, quelques volontaires comme Fouad El Mohalhil qui est titulaire d’un master tourisme et développement durable, elle a mis en place un programme agréé par le conseil régional, au cœur duquel se trouvent les élèves.
La sélection s’est faite d’abord sur la base du volontariat. Ensuite il fallait que l’élève soit gentil, respectueux, prêt à s’investir et qu’il ne soit pas connu pour son absentéisme. Chacun des candidats au départ devait par ailleurs adresser une lettre de motivation au proviseur.
Les heureux élus auront la chance de vivre une véritable aventure. Le périple en 4×4 qui les attend, les fera passer par Marrakech, Telouet, Ouarzazate, Mahmid, Zagora, Taroudant, Agadir, Essaouira et Safi, port de pêche de la région de Doukkala Abda avec laquelle la région Nord - Pas-de-Calais entretient des liens privilégiés. Ils découvriront les hauts cols de l’Atlas, le Sahara, la vallée des Roses, la côte atlantique… Des paysages d’une extraordinaire beauté et diversité.

Créer du lien
Pour des jeunes qui n’ont pas l’habitude de partir en vacances, qui ne vont jamais à l’étranger, c’est une opportunité extraordinaire. Mais il ne faut pas s’y tromper, derrière le côté découverte qui pourrait être assimilé à des vacances, il y a un projet pédagogique très ambitieux. Dans ce grand lycée calaisien qui compte quelque 1 200 élèves, il est d’abord question de créer du lien entre le pôle tertiaire et le pôle industriel, entre les élèves, voire entre les professeurs qui ne peuvent pas toujours travailler ensemble. C’est aussi l’occasion de développer une conscience citoyenne chez les élèves qui iront au contact des populations locales, qui rencontreront quotidiennement des écoliers, collégiens ou lycéens marocains dont les conditions de scolarisation sont loin d’être les mêmes que chez nous. Parfois, ils doivent faire trois ou quatre kilomètres à pied, sous la chaleur ou dans le froid, selon la saison ou les régions, pour suivre des cours dans des salles de classe dotées d’un matériel pédagogique très limité. Ce qui ne les empêche pas d’aller à l’école avec enthousiasme car pour eux c’est souvent l’occasion d’échapper aux corvées qui les attendent à la maison, d’apprendre à lire, à écrire, à compter, à acquérir les connaissances indispensables s’ils veulent avoir une petite chance de s’élever un peu dans la société marocaine, de donner des conditions de vie décente à leur future famille. Cela devrait interpeller nos petits calaisiens et les encourager, eux aussi, à bien travailler à l’école.

Préparer, vivre le voyage et penser au retour
Les conditions de vie au Maroc ne sont pas les mêmes qu’en France. La culture, la religion, la nourriture. Les participants au voyage doivent donc se préparer à un choc culturel. Savoir qu’ils devront, par exemple, avoir une tenue respectueuse des populations locales. Depuis le mois de septembre, les lycéens ont intégré un club humanitaire animé bénévolement par les professeurs participant à l’opération, tous expérimentés dans ce genre de voyages. Différents intervenants ont également été sollicités pour témoigner de leur vécu. Une fois au Maroc, le repos ne sera pas forcément de rigueur. Le soir, après le repas, il faudra assister à des ateliers pédagogiques et culturels : initiation à la langue, architecture des casbahs et fabrication du pisé, vie dans le désert, activités industrielles, pêche, etc. seront parmi les thèmes abordés. Histoire, géographie, lettres, arts plastiques ; enseignements civique, juridique, social et sanitaire… Autant de matières enseignées qui trouveront là des exemples concrets.

Notre photo : village typique dans le haut Atlas.

Nordine Oubaali ira aux Jeux olympiques

mars 7, 2008 by vincentchaissac

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Formé à Hénin-Beaumont, Nordine Oubaali a rejoint le club de Noisy-le-Grand, il y a maintenant un peu plus d’un an. “J’ai fait le choix de ne pas prendre de risques financiers - en tout bien, tout honneur, précise-t-il - pour être bien mentalement”. Membre d’une fratrie de 18 frères et sœurs presque tous boxeurs, soucieux de réussir ses études, ce jeune homme aux origines marocaines fréquente les rings depuis l’âge de 7 ans. Il a été champion de France de boxe éducative et champion de France junior. Actuel n°1 français, il entend bien conserver cette place. Membre de l’équipe de France, pensionnaire de l’Insep, médaillé de bronze aux championnats d’Europe, médaillé d’or aux Jeux de la Francophonie en 2005, il est rompu aux tournois internationaux. Les championnats du monde, en septembre dernier aux États-Unis, étaient l’objectif de la saison dernière. Bien préparé il y a remporté une médaille de bronze et obtenu une qualification pour les Jeux de Pékin qui ont lieu cet été. Nourri par le rêve olympique, Nordine ne pense pas trop au professionnalisme qu’il ne conçoit pas sans être au plus haut niveau… “Le combat du samedi soir ne m’intéresse pas”, dit-il. Et puis il n’y a pas que la boxe : les amis et la famille comptent aussi. D’ailleurs Nordine Oubaali vient souvent à Drocourt où vit sa mère.

Que sont devenus les anciens mineurs marocains ?

mars 6, 2008 by vincentchaissac

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Personne n’ignore aujourd’hui, dans notre Nord - Pas-de-Calais, ce que les Polonais ont apporté aux mines. Pas sûr qu’il en soit de même pour les Marocains. Pourtant les conditions dans lesquelles s’est effectué leur recrutement par les HBNPC sont sensiblement les mêmes. Et leur contribution à l’économie régionale n’est pas moins méritante.

Aux confins de l’Atlas
S’appuyant sur un contrat passé entre l’État français et le Royaume du Maroc, les recruteurs qui connaissaient le pays pour y avoir vécu au temps du Protectorat, sont allés prospecter aux confins de l’Atlas, du côté de Marrakech, Ouarzazate, Agadir ou Taroudant. Avec un nom qui revient souvent : M. Mora qui a joué un rôle important dans ce recrutement effectué avec le concours des autorités locales.
Taroudant est la commune d’où est originaire Abdellah Samate, président de l’Association des mineurs et anciens mineurs marocains située à Dechy. Comme lui en 1963, des milliers de jeunes Marocains, vivant dans une ruralité profonde, illettrés pour la plupart, se sont laissés convaincre d’aller travailler en France dans les mines de charbon, essentiellement en Lorraine et dans le Nord - Pas-de-Calais. « Une main-d’œuvre pas chère, autorisée et encadrée… Mais on a oublié qu’il s’agissait d’êtres humains » dit M. Samat.
Au contraire des Polonais qui, pour nombre d’entre eux avaient travaillé dans les mines de Westphalie, les Marocains ne connaissaient rien aux métiers de la mine, rien des risques qu’ils couraient, rien de la silicose. Ils ont été mis au travail sans ménagement, envoyés sur les tâches les plus rudes, dans les endroits les plus dangereux. Et pendant des années, sans doute un peu naïfs, ils n’ont rien dit, travaillant toujours plus pour gagner plus.

Contrat de 18 mois
Pour mieux les maîtriser et prévenir d’éventuelles revendications, à partir de 1967, ce sont des contrats de 18 mois qui étaient proposés. Le moindre faux pas et c’était le retour au pays. Même chose en cas de maladie, silicose, surdité… 90 % des personnes concernées ont signé ; incapables de se défendre. « Ce contrat a fait des dégâts jusqu’en 1980 » poursuit M. Samate. Et les mineurs marocains n’avaient rien à attendre de leur roi, Hassan II à l’époque, soucieux de normaliser les relations entre les deux pays ébranlées par l’affaire Ben Barka.

Grève de deux mois
Progressivement, les mineurs marocains ont pris conscience de la discrimination dont ils étaient l’objet. En 1980, éclate une grève qui n’était pas « officielle » puisque les mineurs marocains n’étaient pas syndiqués. Pas toujours bien comprise, elle a néanmoins permis de faire avancer les choses. Enfin, les Marocains se voyaient accorder le statut de mineur qui leur avait toujours été refusé. La chose était extrêmement importante car du même coup ils obtenaient le droit au congé de reconversion, aux pré-retraites, à la retraite… à un moment où les puits de mine fermaient les uns après les autres. Mais c’était un leurre car les mineurs marocains remplissaient très rarement les conditions nécessaires. Des aides au retour étaient également accordées mais ceux qui en ont bénéficié ont très vite déchanté… Les sommes allouées étaient très largement insuffisantes pour se réinstaller au pays. Et la détresse dans laquelle ils se sont retrouvés, a découragé nombre de ceux qui étaient encore en France. Les silicosés ont même vécu des moments terribles. Dans l’impossibilité d’être soignés, sans oxygène, les plus atteints sont morts étouffés quelques mois seulement après leur retour.
D’où cet autre conflit qui a éclaté en octobre 1987, lorsque les Houillères ont incité les mineurs marocains à accepter l’aide au retour. La grève a été très dure. Elle a duré deux mois. Les puits étaient bloqués, le charbon ne pouvait plus remonter. Mais elle a permis d’obtenir des garanties pour le congé charbonnier, la reconversion et la protection sociale pour ceux qui, malgré tout, acceptaient de rentrer au pays.
Et puis il y avait la question des enfants, nés en France, qui ont grandi en France, scolarisés en France. Au Maroc, pouvaient-ils se sentir chez eux ? Alors beaucoup sont restés, malgré les problèmes d’intégration, le racisme. Malgré la discrimination qui n’a jamais cessé. Malgré les difficultés croissantes d’accès aux services sociaux et services de santé.
La plupart des mineurs marocains restés dans notre région, soit environ 3 000 personnes, vivent encore aujourd’hui dans les corons, occupant des maisons rarement rénovées et qu’ils n’ont jamais pu acheter, à l’inverse des autres ressortissants des Houillères.

L’Association des mineurs et anciens mineurs marocains du Nord - Pas-de-Calais continue de défendre la cause de ceux qui ont du mal à faire valoir leurs droits. Elle compte entre 120 et 140 adhérents et emploie 3 personnes pour traiter environ 1 500 dossiers chaque année.
33, rue Casimir-Beugnet – 59187 Dechy
Courriel : ammn59-62@wanadoo.fr Tél. 03 27 96 23 34 – Fax 03 27 98 14 76

Notre photo : Abdellah Samate est président de l’association depuis qu’elle a été créée en 1989-90

http://www.gisti.org/doc/plein-droit/14/travailleurs.html

Philippe Vincent-Chaissac
L’Echo du Pas-de-Calais n°89 - Déc./Janvier 2008